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TOUS POUR LE REPLANTING DES VERGERS DE CASES DETRUITS A MVOG-ZE

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DONNEES ESSENTIELLES DE LA FOSPAC 4

La 4ième édition de la FOire des Semences PAysannes du Cameroun (FOSPAC 4), tenue à Esse-Cameroun du 29 février au 02 mars 2024, a été riche en qualité, en quantité et en diversité tant des ressources humaines présentes que des ressources phytogénétiques exposées. Les données ci-après le témoignent :

Sur les dix (10) délégations étrangères annoncées, sept (7) ont effectivement pris part à l’événement. Il s’agit : de la Côte d’Ivoire, du Congo Brazzaville, du Gabon, du Mali, de la RDC, de la suisse et de la France. Outre ces exposants venus des pays amis, plus de 400 petits agriculteurs, des opérateurs de l’agro-industrie locale, des médecins -herboristes et autres défenseurs de la cause des systèmes semenciers paysans et de la semence paysanne sont partis des 4 coins du Cameroun pour prendre activement part à cette fête du monde rural.

Couvrant une superficie de plus de 2000 m2, le site avait 2 principaux centres d’attraction :

a) un espace alloué à l’exposition des semences occupé par 400 exposants répartis dans 11 tentes. Plus 80 variétés de semences locales du Cameroun et d’ailleurs, aux couleurs bigarrées avec autant d’effluves ou senteurs ont été exposées, vendues ou troquées.

b) un espace réservé à la restauration regroupant une vingtaine de cuisiniers, qui avaient la lourde responsabilité de nourrir et de désaltérer en temps réel les centaines d’exposants et visiteurs présents à la foire. Il fallait surtout le faire dans l’observance stricte de la consigne des organisateurs, en adéquation avec le plus long mot de la FOSPAC 4 :  » jemangeexclusivementlesmetsissusdessemencesexposéesàlafoire» ! Un pari tenu et réussi, donnant la preuve que l’import-substitution n’est pas qu’un simple slogan politique.

Le RADD et ses partenaires ont reconduit pour la 4e année consécutive, cette monnaie fiduciaire dénommée  » Mvong Nnam  » ou les semences du terroir. C’est un concept qui consiste à faire circuler une monnaie scripturale, sur papier dont les coupures ont une valeur de 100 FCFA, 250 FCFA, 500 FCFA et 1000 FCFA. Chaque exposant régulièrement enregistré reçoit un kit contenant outre un cahier et un stylo, mais également une somme d’argent pour sa ration alimentaire pendant les 3 jours de l’événement ainsi qu’une somme d’argent lui permettant d’acquérir les semences dont il a besoin. Pour cette 4e édition, la rondelette somme de 1.700.000 FCFA a circulé dans le village de la foire entre les mains des exposants pour la restauration et l’achat des semences.

L’intérêt de cette activité est important. Ce jeu permet à chacun des acteurs présents sur le site de la foire de qualifier la biodiversité semencière de son terroir. Ainsi les 80 variétés de semences collectées ont pu être classifiées en plusieurs catégories :

1.les semences rares ;

2) les semences en voie de disparition ;

3) les semences inconnues ;

4) les semences disparues ;

 5) semences abondantes.

Cet exercice a permis aux uns et aux autres d’identifier et de collecter les semences dont ils avaient besoin.

La thématique principale : « la promotion des systèmes semenciers paysans au Cameroun, bien comprendre le TIRPAA, l’UNDROP et l’UPOV », développée par Anne Berson DENA et Alimata TRAORE, expertes paysannes venues du Mali, a permis à l’auditoire de comprendre que si le Traité International sur les Ressources Phytogénétiques pour l’Alimentation et l’Agriculture ou le traité sur les semences (TIRPAA) et la déclaration des Nations Unies pour les Droits des Paysans et de tous les personnes intervenant à la terre ( l’UNDROP ) sont favorables aux droits des agriculteurs à conserver, échanger , utiliser et vendre leurs semences (art.9 du TIRPAA) à l’accès à la terre pour les femmes, enfants, personnes âgées, handicapées, victimisées (art. 4 à 7 UNDROP). L’Union Internationale pour la protection des Obtentions Végétales (l’UPOV) prive tout obtenteur d’un certificat de tout droit à jouir de ses semences. L’UPOV a comme instrument d’exécution l’OAPI.En effet, l’Organisation Africaine de la Propriété Intellectuelle est membre de l’ Union Internationale pour la Protection des Obtentions Végétales.À travers l’annexe X de ses accords de Bangui, l’OAPI et ses pays membres ( dont le Cameroun ) et la ratification de la version UPOV 91, les obtenteurs ( publicd ou privés ) peuvent demander des droits exclusifs de propriété intellectuelle et industrielle sur des variétés Nouvelles, Distinctes, Homogènes et Stables. Le droit des paysans à ressemer dans leurs champs ces variétés deviendrait alors un soi-disant privilège laissé par l’obtenteur à condition que le paysan ne l »utilise pas à des fins commerciales.Cherchez l’intrus dans ces textes internationaux !

S’inspirant de l’exemple du Mali, les 2 expertes ont encouragé les participants à défendre bec et ongle leurs droits à la semence et à la terre, et à pousser leurs gouvernants à reconnaître les Systèmes Semenciers Paysans et la semence paysanne.

Dans son exposé sur les dynamiques agroécologiques au Cameroun, Dr Rodrigue KOUANG a expliqué le processus qui a abouti à la mise en place du Réseau pour la Promotion de l’Agroécologie au Cameroun (REPAC) qui regroupe une trentaine d’ONGs camerounaises. Ce réseau a pour objectif de promouvoir les systèmes agroécologiques au Cameroun.

Il a par ailleurs mis l’accent sur l’utilisation des nouvelles technologies par les agro-industries semencières pour breveter certains caractères de nos semences paysannes sans avoir besoin de la semence physique. Il a donc exhorté les agriculteurs à se mettre en réseau pour avoir plus de force afin de défendre leurs droits sur leurs semences, et pour trouver des ressources nécessaires pour soutenir les dynamiques nationales de défenses de droits des paysans sur leurs semences.

L’INADES-FORMATION Cameroun,représenté par M. MEIGNO BOKAGNE Raphaël,a, dans la  même optique des dynamiques agro-écologiques au Cameroun, argumenté sur le nécessaire accompagnement des producteurs à travers le projet CCAB/ PCAC et le FADER qui sont des structures de regroupement des petits agriculteurs pour leur renforcement des capacités et la promotion de leur autonomisation économique.Le CCAB étant le Centre de Connaissance en Agriculture Biologique, et le FADER ou Forum des Acteurs du Développement Rural.Il a terminé sa communication en se demandant s’il n’était pas déjà temps pour les petits agriculteurs de se lancer dans l’Entrepreneuriat Semencier Paysan ( ESP ).Ce concept, nouveau, a suscité des craintes au sein des producteurs qui souhaitent davantage le connaître .En effet, beaucoup de petits producteurs pensent qu’un système entrepreneurial sur la semence paysanne rejoindrait les entreprises capitalistes productrices des semences commerciales rejetées par les paysans et qui conduirait à la perte de toutes les valeurs connexes (culturelles, cultuelles, solidaires, traditionnelles) que justifient les semences paysannes.

Une recherche en cours effectuée par le CRAPAC, présenté par Dr LIKENG sur le comportement du haricot local acheté lors de la FOSPAC 3 et sa résistance face aux champignons, a livré ses premiers résultats. Deux des 4 variétés choisies ont montré une certaine résistance aux champignons alors qu’une autre variété bien que n’étant pas résistante possède une bonne production. Cette étude continue et présentera ses résultats définitifs dans les années à venir.

Enfin, le juriste du RADD, YOUMSSI EYA, a donné une lecture expliquée de la déclaration d’Esse révisée à Nanga-Eboko, ainsi que le cadre juridique proposé par l’Alliance pour la Souveraineté Alimentaire en Afrique (AFSA) sur la question de la reconnaissance des systèmes semenciers paysans et de la semence paysanne. L’objectif étant que les dernières révisions soient faites avant le dépôt de ladite déclaration auprès des autorités étatiques. A ce propos, Mme Alimata Traoré a attiré l’attention de l’expert à ne pas adopter in extenso la terminologie utilisée par AFSA, mais plutôt à l’adapter au contexte des différents Etats.

Les participants de la FOSPAC 4 ont également bénéficié d’une formation sur la production des répulsifs naturels présentés par Francis ANO, expert de Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE) de la Côte d’Ivoire. Ce répulsif remplace les pesticides chimiques dans les systèmes de production agroécologique.

Les participants de la FOSPAC 4 ont également bénéficié d’une formation pratique par l’expert FOUKENA Ismaël du FADER sur la production des Plants Issus des Fragments de tiges de l’igname et du bananier plantain. Cette technique permet aux producteurs d’augmenter leur capacité de production des semences de bananier plantain et d’igname et répondre ainsi à la grande demande desdites semences sur le marché.

Cette marche de la souveraineté semencière a regroupé plus d’une centaine d’exposants au rang desquels le Maire de la Commune d’Esse.

Tous les exposants venus du Cameroun et d’ailleurs ont scandé des messages en faveur de la promotion des semences paysannes et la reconnaissance des systèmes semenciers paysans par les politiques nationales.

Le message fort qui a animé cette marche de la souveraineté semencière était celui-ci : « La semence paysanne, notre identité ». La semence paysanne a été célébrée en chanson par les femmes des cases de semences paysannes qui s’approprient le processus de la promotion des Systèmes Semenciers Paysans.

L’animation culturelle a été un moment fort de la FOSPAC 4. Animé par M EVINA  NDENGUE André du RADD a permis aux exposants de se divertir et de célébrer la semence paysanne dans toute sa diversité culturelle. Il faut noter que dans cette diversité il y avait tous les exposants venus des 7 pays présents et de toutes les régions du Cameroun.

Au rang des grandes résolutions, on retient que :

  • À l’unanimité, les Organisations de la Société Civile (OSC) de la sous-région Afrique Centrale présentes ont pris la résolution de transformer la FOire des Semences PAysannes du Cameroun en FOire des Semences Paysannes d’Afrique Centrale (FOSPAC). Pour ce faire, au moins une fois par an, chacune des OSCs dans les différents pays doit organiser un événement qui promeut des systèmes semenciers paysans. Les OSCs issues des autres pays de la sous-région devraient y participer. Pour cette année 2024, au mois d’août, le Congo Brazzaville organise un forum sur l’agroécologie à Boko. Les détails seront donnés et un forum doit être mis sur pied. Les OSC des pays frères y sont vivement attendues.
    • Chaque individu doit mener une lutte acharnée contre la disparition des semences paysannes. Les communautés locales doivent préserver, conserver, valoriser les semences paysannes qui refont surface afin qu’elles ne disparaissent plus jamais. Plusieurs semences menacées de disparition ont pu être identifiées par les communautés grâce à la roue de la biodiversité. Les exposants sont partis du constat que ces semences paysannes disparaissent du fait de l’ignorance de la valeur réelle (économique, culturelle, traditionnelle) cette richesse génétique et du discours dominant en faveur de la semence conventionnelle ;
    • Les organismes d’appui doivent soutenir les communautés dans l’indentification de ces semences, leurs caractérisations, et faire des études pour établir les évidences de leur importance. Avec les communautés, comprendre pourquoi elles disparaissent, définir et implémenter les stratégies endogènes pour arrêter l’érosion des semences paysannes ;
    • Les communautés se doivent de défendre leur héritage semencier en documentant les savoirs locaux en liens avec ces semences paysannes ;
    • Le RADD sollicite la création d’une plate-forme MINRESI-RADD-CTD-cases de semences paysannes, pour l’augmentation de la production de la semence paysanne dans le strict respect des pratiques agroécologiques paysannes, qui assurerait la disponibilité de la semence paysanne pour tous et en tout lieu.
    • Le RADD sollicite également le MINADER parrain de cet évènement à accompagner le processus de la mise en place des dynamiques locales de promotion des systèmes semenciers paysans intégrant toute la chaine de valeur ;
    • La CAPEF devrait plaider auprès des institutions locales pour la prise en compte des systèmes semenciers paysans dans les politiques agricoles nationales.
    • Poursuivre et entériner la collaboration avec les dynamiques de promotion des Systèmes Semenciers Paysans en cours Afrique de l’Ouest et dans d’autres sous régions d’Afrique.

La forte mobilisation des acteurs ruraux venus du Cameroun et d’ailleurs a mis en exergue la pertinence de l’initiative et la nécessité de pérenniser la Foire des Semences Paysannes du Cameroun devenue Foire des Semences Paysannes d’Afrique Centrale lors de cette 4e édition.

Les organismes d’appui au développement doivent accompagner la mise en œuvre de la FOSPAC et les dynamiques de défense des systèmes semenciers paysans en soutenant les communautés locales, particulièrement les paysannes, gardiennes de cet héritage semencier, qui collectent, préservent, valorisent la semence paysanne et produisent des aliments sains qui assurent le bien-être des populations.

Ce processus d’accompagnement des acteurs ruraux doit leur garantir, de façon durable et inclusive, la souveraineté semencière. La Promotion des Systèmes Semenciers Paysans est essentielle et doit permettre à tous, sans distinction aucune, d’accéder à la souveraineté alimentaire et nutritionnelle.

Le RADD remercie tous ceux qui, de près ou de loin ont contribué à la réussite de cet évènement unique dans la sous-région qui célèbre les systèmes semenciers paysans et la semence paysanne.

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